Public Sector Data Interoperability and Responsible Adoption of AI in Canada: Strategic Overview and Call to Action
Le secteur public au Canada fait face à un triple impératif stratégique : accroître durablement sa productivité et son efficacité au service des citoyens et du bien commun ; renforcer sa souveraineté numérique et sa capacité décisionnelle autonome ; intégrer l’intelligence artificielle de manière responsable, sécuritaire et à fort impact. Ces trois objectifs convergent vers un levier commun encore insuffisamment exploité : l’interopérabilité des données du secteur public à l’échelle fédérale, provinciale et territoriale (FPT).
Les échanges du panel CIRANO du 19 janvier 2026 sur la souveraineté numérique, l’interopérabilité des données et la gouvernance de l’IA dans le secteur public au Canada mettent en évidence un paradoxe central. D’un côté, une dynamique réelle de collaboration FPT existe déjà au niveau des sous-ministres, des dirigeants principaux de l’information (DPI) et des chefs des organisations statistiques. Cette dynamique demeure cependant fragmentée, peu visible sur le plan politique, sans garantie de pérennité et insuffisamment structurée pour produire des résultats à l’échelle des ambitions affichées et nécessaires, notamment dans le contexte de la publication d’une nouvelle stratégie nationale sur l’IA. L’interopérabilité FPT des données ne peut plus être abordée comme un enjeu technique ou administratif, mais comme une infrastructure stratégique de souveraineté économique, au même titre que les infrastructures énergétiques, de transport ou de télécommunications.
En réponse, ce rapport lance un appel à l’action à l’intention du Premier ministre du Canada et de ses collègues du Conseil de la fédération. Cet appel vise la mise en place d’un cadre de gouvernance FPT pérenne pour l’interopérabilité des données du secteur public et pour l’adoption cohérente de l’intelligence artificielle. Il propose également d’institutionnaliser l’infrastructure publique numérique comme un bien public fédératif. Enfin, il s’appuie sur un échéancier d’exécution crédible et opérationnel à l’horizon 2026.
Dans un environnement international marqué par la compétition technologique féroce, la fragmentation des normes et la politisation des chaînes de valeur numériques, la capacité du Canada à aligner ses ambitions et ses capacités réelles devient un déterminant central de sa résilience et de son autonomie stratégique.
Le rapport se concentre sur l’interopérabilité des données du secteur public FPT, tout en réalisant l’importance de la coopération avec le secteur privé et l’écosystème académique ainsi qu’avec nos partenaires internationaux partageant les mêmes valeurs. Le secteur public peut jouer un rôle clé dans la transformation numérique responsable, axée sur l’IA, de la société et de l’économie canadiennes.
Ce levier unique repose non seulement sur ses responsabilités législatives et réglementaires exclusives, mais aussi sur sa position dans l’économie, la vaste portée de ses services et ses énormes ressources de données sur tous les aspects de la réalité canadienne dans son contexte national et mondial en transformation accélérée.
L’interopérabilité des données FPT crée une capacité systémique permettant au secteur public canadien, dans toutes ses composantes, de planifier, d’anticiper, de coordonner et d’agir de manière cohérente à grande échelle. L’interopérabilité des données ne se limite pas à faciliter le partage d’information entre administrations.
Sans interopérabilité, les investissements dans la défense, l’énergie, les infrastructures, l’innovation industrielle ou la diversification commerciale restent fragmentés, redondants partiellement inefficaces avec un impact difficilement mesurable. L’interopérabilité permet d’aligner ces investissements autour de données compatibles, comparables et exploitables en temps réel, maximisant ainsi leur portée et leur efficacité.
La transformation numérique du secteur public, l’interopérabilité des données et l’adoption
responsable de l’intelligence artificielle ne relèvent plus de simples ajustements administratifs. Elles font partie des infrastructures stratégiques du pays, tout comme les réseaux énergétiques, de transport et de télécommunication, et conditionnent désormais la performance globale de l’action publique. Elles déterminent la qualité des services offerts aux citoyens et aux entreprises. Elles influencent directement la capacité du secteur public à exercer sa souveraineté décisionnelle. Elles engagent, enfin, la crédibilité des institutions publiques dans un environnement numérique de plus en plus complexe.
Ces enjeux dépassent les mandats ministériels traditionnels. Ils appellent un arbitrage politique de haut niveau. Seul cet arbitrage permet de fixer des priorités communes entre les juridictions. Il est nécessaire pour dépasser les silos institutionnels. Il est indispensable pour assumer les compromis inhérents à toute transformation systémique.
À ce titre, les premiers ministres sont les mieux placés pour impulser, coordonner et garantir une dynamique fédérale-provinciale territoriale cohérente et durable.